Une voix forte et un bruit de ferraille que je connais. Je me retourne. Dans le couloir, Nadia qui pousse le chariot de restauration, quelques rangées de sièges derrière moi. Je vous ai parlé d’elle.
Cela faisait des mois que je ne l’avais pas vue. La dernière fois, on s’était croisées dans ce même train, celui qui part de la gare d’Austerlitz à 8h25. Déjà j’avais renoncé au train de 6h20, ma mère étant trop souffrante pour prendre plaisir à notre déjeuner partagé à mon arrivée. Ma descente du train à Cahors pouvait attendre le début de l’après-midi, cela ne changeait rien pour elle et se montrait plus confortable pour moi.
Changement d’horaire
Nadia m’avait expliqué qu’elle ne travaillait plus dans le train de 6h20. Qu’elle préférait dormir à Toulouse et travailler le lendemain en sens inverse, plutôt que de pousser son chariot plus de quatorze heures d’affilée avec un aller-retour dans la journée. Qu’elle vieillissait, que c’était devenu trop dur. « C’est bien de vieillir aussi », je lui avais répondu, en pensant à ma mère qui avait dépassé les quatre-vingt-dix printemps.
De la rouille dans les rouages
La silhouette de l’agente s’est encore alourdie, sa gouaille éteinte, elle ne montre plus la pétulance que je lui avais connue. Le temps qu’elle me serve un expresso, je lui demande si elle ne travaille que sur la Polt. Elle confirme, son CDI est attaché à cette ligne. « Mais avec le nouveau boss, ça peut changer », ajoute-elle. Déjà, elle doit dépanner à droite à gauche, la semaine précédente elle s’est rendue à Tulle. Une lassitude s’est installée dans ses gestes. Jusque dans son timbre de voix.
Déjà sept ans, qu’elle est agente restauration, de Paris à Toulouse et de Toulouse à Paris. «C’est rassurant de connaître les habitués » témoigne-t-elle. Confortable et ennuyeux, je comprends. Le couple maudit qui use insidieusement jusqu’à la trame. Elle n’a pas quarante ans.
Au re-voir
Elle me salue lors de son passage, en sens inverse, dans la rame, de l’arrière de sa roulante, comme elle doit saluer tous les visages connus. « A une prochaine fois ! ». On se sourit. Contrairement à elle, j’ignore jusque-là quand sera ma prochaine fois. La vie est une inarrêtable empêcheuse de tourner en rond et si, pour moi, elle a décidé que les allers-retours mensuels Paris-Cahors n’étaient plus nécessaires, que réserve-t-elle à Nadia ? Certainement un de ses tours qui la contrariera, qui l’obligera à aborder un autre rivage, dans la houle, et lui montrera d’autres possibles.
A une prochaine fois, Nadia. Dans ce train, ou ailleurs. Ou pas.
Figurez-vous que je me fais tancer !

Etonnant, intelligent et tellement cocasse, ce roman de JM Erre dans lequel il est question d’emmerdements, rien d’autre ! Il commence comme un Vaudeville, avec une porte qui s’ouvre et se ferme sans arrêt sur des personnages improbables, et se termine sur un effet papillon à partir de la fameuse tartine. Loufoque, caustique et bien mené. Je ne vois pas comment il ne serait pas très vite adapté au théâtre, il en a tous les ingrédients. Et en attendant, on se régale à le lire !

A tout moment de l’existence, la vie réserve à chacun des moments suspendus 🙏. Et, quand ils finissent, retour cruel à la réalité 😧.
J’en ai parlé, je crois, j’aime favoriser la circulation des livres. Aussi j’en achète, récupère, emprunte. Et on m’en offre aussi souvent. En contrepartie, j’en prête, donne, offre. Parfois encore, je procède à un échange dans une location de vacances. C’est ainsi que « Des vies en mieux » d’Anna Gavalda est arrivé dans ma pile à lire. Un jour où mon ciel psychique était plombé, j’ai abandonné ma lecture du moment, trop pesante, et je me suis plongée dedans.




pioche – Oh Barbara – Mines de chien – La boule à facettes – La voleuse – Max et Johnny.
« Bonjour monsieur Paglop, je ne pensais pas vous rencontrer aujourd’hui, vous ne rejoignez pas d’ordinaire votre maison de campagne à cette période de l’année ?»